Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre le 5 Novembre 2009

 

Conférence sur le prêtre par Mgr Patrick CHAUVET

à partir de la lettre de Benoit XVI pour l’année sacerdotale :

« Grandeur et beauté du Sacerdoce »

 

 

Depuis le 18 juin 2009, en la fête du Sacré-Cœur, l’année sacerdotale se déroule, avec des évènements comme la retraite prêchée à Ars par le Cardinal Schönborn où il y avait 1200 prêtres. De nombreuses conférences, dont celle de ce soir dans ce sanctuaire, des ouvrages sur le prêtre, des colloques, comme celui qui s’est passé ici en janvier dernier sur le sacerdoce à partir de l’œuvre du Père Le Guillou, etc..

 

Ce soir, je vous propose de reprendre cette très belle lettre pour vous montrer la grandeur et la beauté du sacerdoce.

Tout d’abord, si le Pape a souhaité cette année, c’est pour « promouvoir un engagement de renouveau intérieur de tous les prêtres afin de rendre plus incisif et plus vigoureux leur témoignage évangélique dans le monde d’aujourd’hui ».

Le Pape propose aux prêtres de raviver la grâce reçue le jour de l’ordination en vue de la mission. Nous le savons bien, en théologie sacramentaire, l’efficacité du sacrement de dépend pas de la sainteté du prêtre, mais nous savons aussi qu’un saint prêtre a un rayonnement qui porte de nombreux fruits. « On ne peut pas non plus ignorer l’extraordinaire fécondité produite par la rencontre entre la sainteté objective du ministère et celle, subjective, du ministre ».

Ce renouveau intérieur s’adresse à chaque prêtre, en le renvoyant à cet appel à la sainteté fondamentale, celui du baptême. En effet, nous avons choisi d’être saints en devenant prêtres.

« Donnez-nous de saints prêtres ». Cette prière demeure urgente aujourd’hui. Nous savons combien «  l’infidélité de certains des ministres est un motif de scandale.»

Certes, le Seigneur appelle des pêcheurs, des hommes fragiles, mais il les accompagne. Il n’y a pas de mission impossible ! Mais le mal continue de travailler en ce monde ! Un prêtre n’est pas épargné par le combat spirituel… car plus nous nous donnons au Seigneur, plus nous excitons le Prince de ce monde.

C’est pourquoi le Curé d’Ars demeure un modèle toujours actuel pour les prêtres du monde entier.

« Le Sacerdoce, c’est l‘amour du Cœur de Jésus ». Belle définition du sacerdoce par le Curé d’Ars. Jean-Marie Vianney nous recentre sur l’essentiel. Le prêtre dévoile, à la suite du Christ, le dessein d’amour du Père. Cet amour du cœur du Christ a deux caractéristiques : la gratuité et l’universalité.

Gratuité, car nous sommes dans l’ordre de la grâce et universalité, car le prêtre est appelé à aimer tous les fidèles qui lui sont confiés, même les plus désagréables ….

Le prêtre est appelé à se donner sans compter, comme le Christ l’a fait. Le prêtre n’est pas un fonctionnaire ; on est prêtre 24h/24, car le prêtre est configuré au Christ prêtre.

« Un bon pasteur, disait le Curé d’Ars, un pasteur selon le cœur de Dieu, c’est là le plus grand trésor que le bon Dieu puisse accorder à une paroisse, et un des plus précieux dons de la miséricorde divine ».

On comprend le mot de Jean-Paul II à des prêtres :  « on veut voir Jésus à travers vous ».

Lorsqu’un prêtre entend cela, il ne peut que s’émerveiller du don qu’il a reçu le jour de son ordination, mais aussi l’abîme entre ce qu’il est et le don reçu ! J’aime ce mot du Curé d’Ars, alors qu’une de ses paroissiennes lui disait : « Ah ! Monsieur le Curé, vous êtes un saint » et lui, de ne pas répondre, mais de penser dans son cœur : « si elle savait ! »

Pour une pastorale des vocations, nous avons à parler de la grandeur du sacerdoce ; non pas une grandeur qui ferait peur ; nous le savons, personne ne sera digne du sacerdoce. Mais je veux parler de cette grandeur qui montre l’action de Dieu à travers ses instruments, qu’il a choisis et qui sont limités.

« Oh ! Que le prêtre est quelque chose de grand! S'il se comprenait, il mourrait... Dieu lui obéit : Il dit deux mots et Notre Seigneur descend du ciel à sa voix et se renferme dans une petite hostie! Et, pour expliquer à ses fidèles l'importance des sacrements, il disait : Si nous n'avions pas le sacrement de l'ordre, nous n'aurions pas Notre Seigneur. Qui est-ce qui l'a mis là, dans le tabernacle?

Le prêtre. Qui est-ce qui a reçu notre âme à son entrée dans la vie? Le prêtre. Qui la nourrit pour lui donner la force de faire son pèlerinage? Le prêtre. Qui la préparera à paraître devant Dieu, en lavant cette âme pour la dernière fois dans le sang de Jésus-Christ? Le prêtre, toujours le prêtre.

Et si cette âme vient à mourir à cause du péché, qui la ressuscitera, qui lui rendra le calme et la paix ? Encore le prêtre. Après Dieu, le prêtre c'est tout. Le prêtre ne se comprendra bien que dans le ciel ».

A travers ce texte, nous voyons la méthode pastorale de Jean-Marie Vianney.

Tout d’abord, écrit le Pape : « ce que nous devons apprendre en tout premier lieu, c’est sa totale identification à son ministère ». C’est là la source de la spiritualité du prêtre diocésain. Notre ministère nourrit notre vie spirituelle.

Ainsi en prêchant, on se prêche à soi-même.

En célébrant l’Eucharistie, on devient vivante offrande au Père.

 

En donnant le pardon, on ressent le besoin pour nous de la confession fréquente.

Par tous les sacrements, on devient témoin de la tendresse de Dieu ; un appel à la conversion pour que cette tendresse puisse apparaître par toute notre vie.

Par l’écoute du Seigneur, dans notre prière, nous apprenons à écouter celles et ceux qui viennent se confier à nous.

En nous laissant accompagner par le Christ, nous pouvons accompagner jeunes et moins jeunes, bien portants et malades, les chercheurs de Dieu, les révoltés et les blessés, etc…

Le curé d’Ars n’a rien inventé ; c’est le fruit de sa contemplation du Christ. Il a découvert qu’en Christ, Personne et mission coïncident.

Toute la vie du prêtre est englobée dans sa consécration. Comme je vous l’ai dit, il est prêtre, nuit et jour. Il ne peut pas oublier cela, même quand il est en vacances ou la nuit !

La mission est constitutive de la vie du prêtre. Le Curé habite son Église, car il y prie, il célèbre, il accueille, il console… les fidèles aiment voir leurs prêtres prier.

Le curé connaît aussi son territoire pour visiter les malades, rencontrer les familles, et il essaie de s’approcher de ceux qui ne demandent plus rien à l’Église. Le curé ne travaille pas seul… il est entouré de consacrés, de laïcs qui participent à la même mission.

Le concile Vatican II a développé ce point. Je ne veux pas trop y insister ; je veux simplement rappeler que la collaboration entre prêtres, consacrés et laïcs, est possible, si, chacun découvre qu’il est serviteur et au service de la communion. La tentation est celle du pouvoir. Le pouvoir clérical que des laïcs peuvent aussi connaître, est source de conflits ! « C'est de la communion entre ministres ordonnés et charismes que peut naître un élan précieux pour un engagement renouvelé de l'Eglise au service de l'annonce et du témoignage de l'Evangile de l'espérance et de la charité partout à travers le monde ».

« Ils doivent écouter de bon cœur les laïcs, en prenant fraternellement en considération leurs désirs, et en reconnaissant leur expérience et leur compétence dans les divers domaines de l'activité humaine, afin de pouvoir discerner avec eux les signes des temps ».

L’Eucharistie est la source de la vie du prêtre

« Il était convaincu que toute la ferveur de la vie d'un prêtre dépendait de la messe: La cause du relâchement du prêtre, c'est qu'on ne fait pas attention à la messe! Hélas ! Mon Dieu! Qu’un prêtre est à plaindre quand il fait cela comme une chose ordinaire! Et il avait pris l'habitude, quand il célébrait, d'offrir toujours le sacrifice de sa propre vie: Oh ! Qu’un prêtre fait bien de s'offrir à Dieu en sacrifice tous les matins».

Toute notre pastorale doit partir de la messe. Le prêtre est d’abord l’homme de l’Eucharistie. S’il ne l’est pas, il deviendra un assistant social… je n’ai rien contre l’assistant social, bien au contraire ! Mais il n’a pas besoin d’être prêtre pour être performant !

L’Église recommande aux prêtres de célébrer quotidiennement la messe pour qu’ils deviennent des hommes eucharistiques. C’est dans l’Eucharistie que le prêtre reprend les forces et s’enracine dans le cœur du Christ.

Liée à l’Eucharistie, l’adoration est importante, puisque le prêtre poursuit l’acte eucharistique du Christ dans lequel il entre dans chaque messe.

Mais il se laisse aussi transfiguré par la présence du Christ. L’adoration illumine nos visages et fait transparaitre le visage du Ressuscité.

L’Eucharistie est liée au sacrement du pardon. Il ne s’agit pas de retourner à une pratique ancienne, trop marquée par le jansénisme, où l’on ne communiait que si l’on s’était confessé quelques instants avant ! L’Église encourage la communion fréquente ! En revanche, recevoir le Corps du Christ nous invite à recevoir le pardon du Seigneur, surtout en état de péchés graves, pour retrouver la beauté du cœur pour accueillir le Seigneur. Quant aux péchés véniels, ils rendent tiède la charité ! Le sacrement du pardon donne la grâce qui permet à la charité d’envahir nos cœurs et de répondre ainsi à l’appel à la sainteté, en retrouvant la beauté et la jeunesse de notre baptême. Là encore, un bon confesseur est un bon pénitent. Le prêtre doit exhorter les fidèles à recevoir ce sacrement. C’est, avec l’Eucharistie, le sacrement qui bouleverse un prêtre.

Il doit être au cœur de sa vie sacerdotale. N’hésitez pas à le demander ; vous ne dérangerez jamais un prêtre…mais pas juste avant la messe, car le prêtre se prépare à célébrer !

« Le Curé d’Ars a su transformer le cœur et la vie de tant de personnes, parce qu’il a réussi à leur faire percevoir l’amour miséricordieux du Seigneur ».

Mais cela coûte ! Il faut que le prêtre découvre sans cesse la dimension de la Croix dans son ministère. Je ne fais pas l’apologie de l’échec ! Mais comme l’écrit le Pape Benoit XVI : « Jésus verse son sang pour les âmes et le prêtre ne peut se consacrer à leur salut s’il refuse de participer personnellement à ce prix élevé de la Rédemption ».

Attention à notre confort, à nos habitudes de vieux garçon… Parfois, nous recherchons notre tranquillité, nous fermons nos volets et notre porte.

Le prêtre a besoin de repos, de solitude, de temps de recueillement et de désert… mais pour mieux exercer son ministère !

L’ascèse du Curé d’Ars était sans doute excessive, quant à ses repas ! Mais si le prêtre ne renonce par à lui-même, s’il

ne porte pas sa croix, alors il devient tiède et risque de n’être plus à la suite du Christ.

 

A côté des sacrements, le prêtre est ministre de la Parole de Dieu.

« Sommes-nous vraiment imprégnés de la Parole de Dieu? Est-elle vraiment la nourriture qui nous fait vivre, plus encore que le pain et les choses de ce monde? La connaissons-nous vraiment ? L'aimons-nous? Intérieurement, nous préoccupons-nous de cette parole au point qu'elle façonne réellement notre vie et informe notre pensée ? Tout comme Jésus appela les Douze pour qu'ils demeurent avec lui et que, après seulement, il les envoya prêcher, de même, de nos jours, les prêtres sont appelés à assimiler ce nouveau style de vie qui a été inauguré par le Seigneur Jésus et qui est devenu précisément celui des Apôtres. C'est cette même adhésion sans réserve au nouveau style de vie qui fut la marque de l'engagement du Curé d'Ars dans tout son ministère. »

Le synode sur la Parole de Dieu qui a eu lieu l’année dernière à Rome, insistait sur la prédication des prêtres. Elle doit être nourrie de cette Parole, car elle est un chemin spirituel qui invite à la conversion. La réforme liturgique a permis cet accès à la Parole de Dieu avec les trois lectures sur trois années.

La lectio Divina n’est pas réservée aux moines ! Chaque chrétien et donc chaque prêtre doit prendre le temps de laisser parler la Parole pour entrer plus intensément dans l’intimité de Dieu.

De même pour les conseils évangéliques : pauvreté, obéissance et chasteté. Certains prêtres évacuent parfois ces conseils en rappelant qu’ils ne sont pas des moines ! Mais n’est-ce pas la voie royale de la sanctification chrétienne ?

La pauvreté du prêtre : il s’agit de ne pas s’enrichir avec le ministère. Tout argent, et Dieu sait que le prêtre en voit passer entre ses mains, doit être au service de la mission. «  Le Curé d’Ars était riche pour donner aux autres, et bien pauvre pour lui-même. »

La chasteté, qui n’est pas à confondre avec la continence, consiste à se donner à l’autre sans le posséder. Le don de soi ne peut pas être captatif. La mission ne nous appartient pas et l’Église nous y aide, en nous nommant régulièrement à différents ministères. Parfois d’ailleurs, les fidèles ne comprennent pas, mais le prêtre est pour tous et non pour quelques privilégiés. Là aussi, c’est une règle importante pour le prêtre. Il doit sans cesse vérifier s’il a toujours sa liberté intérieure. Le prêtre peut et doit avoir des amis qui lui sont chers, mais en maintenant sa disponibilité pour tous.

Enfin l’obéissance, à l’image de celle du Christ est un chemin de dépossession et parfois crucifiant. Cette obéissance, elle passe par son évêque ! Il y a parfois des ministères difficiles… le Curé d’Ars a voulu fuir plus d’une fois ; mais c’est l’obéissance qui le retenait. Sa règle d’or : « Ne faire que ce que l’on peut offrir au Bon Dieu ».

Le pape exhorte enfin à la communion entre les prêtres et leurs évêques et entre les prêtres eux-mêmes. Il nous faut grandir dans la fraternité sacerdotale effective et affective. Je peux vous assurer qu’une paroisse se réjouit et fait de grands progrès quand elle voit que leurs prêtres s’entendent, prient ensemble, et sont heureux d’être ensemble.

En achevant, je veux rappeler à la suite du Pape, combien Marie, la Mère du sacerdoce doit avoir une place de choix dans la vie du prêtre. La spiritualité du prêtre ne peut être que mariale.

« Je confie cette année sacerdotale à la Vierge, lui demandant de susciter dans l’âme de chaque prêtre un renouveau généreux de ces idéaux de donation totale au Christ et à l’Église qui ont inspiré la pensée et l’action du Curé d’Ars ».

Certes, le Pape ne présente pas le prêtre comme animateur, ni comme PDG d’une petite entreprise, ni comme un militant ; Benoit XVI a voulu recentrer le prêtre sur l’essentiel. C’est cet essentiel qui m’a appelé au sacerdoce. Si, aujourd’hui, je vous parle du prêtre, comme prêtre, c’est parce que j’ai vu, lorsque j’étais enfant, des prêtres merveilleux, priant, disponibles, célébrant, amoureux du Seigneur. Comme tous, ils avaient des limites, mais à travers leur vie, ils donnaient envie de dire oui au Seigneur, parce qu’on voyait sur leur visage la joie du Magnificat.

Oui, le prêtre fait tous les sacrifices, sauf celui du bonheur.